[Anton Drax] No Man’s Land

Le secteur Calixis fut conquis il y a plus de mille ans lors de la Croisade d'Angevin. Le premier gouverneur de son histoire fut l'un des généraux les plus brillants d'Angevin lors de la croisade : Drusus, aujourd'hui vénéré en tant que Saint de l'Imperium. Ce secteur est constitué de nombreuses planètes fortement peuplées mais reste fort éloigné de centre de l'Imperium et donc assure seul sa subsistance et sa défense contre de nombreux dangers : Xenos, Chaos, etc. Un danger guette également de l'intérieur même du secteur : l'Hereticus Tenebrae ou astre Tyran, qui selon une ancienne prophétie sera à l'origine de la destruction du secteur. Cette menace, sous la surveillance de l'Inquisition, reste encore une énigme pour les forces de l'Empereur.
Avatar du membre
[MJ] Malcador
Maitre de Jeu [MJ]
Messages : 149
Enregistré le : 04 juin 2018, 00:28

[Anton Drax] No Man’s Land

Message par [MJ] Malcador » 02 avr. 2019, 17:16

Servir et Survivre Acte I : No Man’s Land

Survivre, c'est tuer. Êtes-vous prêt à survivre ?

Image

***
Image
Tranch, petit monde-ruche sale et relativement mineur, perdu dans le nébuleux sous-secteur Adrantis...

Tranch fait l’objet d’une notoriété toute récente au sein du Secteur Calixis, du fait du conflit dévorant qui l’embrasa, il y a de cela à peine un an. Tout avait commencé par une insurrection de la part des mutants des niveaux inférieurs et des champs de suie : en l’espace de quelques jours, une considérable portion de la population planétaire s’était soudainement soulevée contre le joug de l’esclavage, s’en prenant au peuple des cités-ruche. Craignant un déferlement de réfugiés en ses murs des niveaux supérieurs, les Oligarques -l’élite dirigeante de Tranch- ordonnèrent une répression aussi sadique que brutale, sans se douter que cette étincelle de violence annonçait un conflit plus meurtrier encore. La répression initiale de l’Arbites local fut dénuée de succès, les mutants ayant reçu le soutien de cultes chaotiques, dont le Linceul, une secte de sorcières et psykers dégénérés. Comme la confusion se propageait aux niveaux supérieurs des cités-ruches, l’Oligarchie repositionna ses forces de défense afin de protéger en premier lieu ses propres intérêts, équipementiers et matériels. Ce-faisant, les dirigeants s’aliénèrent l’immense majorité des habitants de la planète, qui se constituèrent en une grondante révolte populaire contre ceux qui les avaient froidement abandonnés aux mutants. Comme l’anarchie et le chaos gagnaient l’intégralité de Tranch, les Oligarques supplièrent Marius Hax, Gouverneur du Secteur Calixis, de leur venir en aide dans la gestion de cette guerre civile. Des régiments entiers de forces impériales furent détachés depuis plusieurs autres mondes, empruntant le stable tunnel Warp reliant Scintilla à Tranch, afin de venir mater cette insurrection dans le sang qui convenait à cet outrage.

La guerre de pacification qui devait s’ensuivre se révélerait contre toute attente le conflit le plus brutal ayant jamais secoué le cœur du Secteur Calixis.

Anton Drax sentait la tranchée trembler autour de lui alors qu’il se hâtait le long du sentier glissant de boue cendreuse, à la suite de son camarade. Le chuintement persistant des obus occupait ses tympans, déjà mis à l’épreuve par le vacarme ambiant. Ce monde-ruche n’avait décidément rien pour plaire : même l’air qu’il respirait était si pollué que chaque bouffée aurait pu lui donner un haut-le-cœur, du moins s’il avait pu se permettre de s’arrêter pour souffler. Le groupe de commissaires-cadets était arrivé une dizaine d’heures plus tôt en orbite de Tranch, et déjà, ils progressaient au milieu d’un labyrinthe d’excavations se ramifiant en direction de leur objectif, dont l’ombre immense noyait les étendues désolées des « champs de suie ». S’il s’était autorisé à jeter un fugitif regard hors de l’étroite coursive, le jeune homme aurait pu contempler l’écrasante silhouette d’une cité-ruche, dont les flèches des niveaux supérieurs lui masquaient l’astre solaire. Il ignorait jusqu’au nom de cette ville dont les lourds systèmes de défense les pilonnaient : tout juste les avait-on informés qu’il s’agissait d’en reprendre le contrôle, au nom du Gouverneur de Scintilla, et de l’Empereur-Dieu de l’Humanité. Une raison plus que suffisante pour patauger dans la boue d’un petit monde sale et pollué, à l’atmosphère moite et viciée.

Lorsqu’ils s’immobilisèrent à un embranchement, Anton put enfin jeter un coup d’œil aux alentours, pour constater qu’ils n’étaient plus que deux cadets à suivre le Commissaire vétéran chargé de leur encadrement. Les dix-huit autres s’étaient déjà vus répartis en binômes en divers points de la ligne de front, disséminés au milieu des troupes impériales irriguant le réseau de tranchées. Ne restaient donc que lui et un individu au teint blafard, regard fuyant, et disgracieuse cicatrice en travers de la paupière droite. Ce cadet, dont il ignorait tout, était armé du fusil laser standard des commissaires-cadets -Anton avait quant à lui pu garder son épée. Devant eux, communiquant quelque consigne à un sergent fébrile, leur Commissaire général référente, Hecate Stern : celle qui, accessoirement, déciderait seule lesquels des cadets sous sa responsabilité seraient prêts à exercer -et quand- en tant que représentant du Commissariat. Leur supérieure respirait le calme et l’autorité, impassible au milieu de la tranchée, ne semblant nullement indisposée par le bombardement en cours autour d’eux : pistolet bolter en main, gantelet énergétique dans l’autre, elle distribuait ses ordres avec la froide certitude d’être obéie dans l’instant. Parangon de maîtrise, elle inspirait sans effort les troupes alentours, qu’il s’agisse d’admiration, de respect, ou de crainte. Lorsqu’elle se retourna vers les deux cadets, son visage buriné n’exprimait que sévérité et exigence tandis qu’elle aboyait brièvement ses consignes.

Image
« Cadet Drax, cadet Jurgen.

Accompagnez ces hommes en direction des tunnels de sape. Menez l’assaut en autonomie, faisant valoir ordre et rigueur autour de vous.

Seule la mort met fin au devoir. »
Et sur ce, elle s’en fut par le couloir de droite, ayant manifestement déjà d’autres affaires en tête. Après une seconde de latence, le temps de digérer les termes de leur ordre de mission, le dénommé Jurgen s’anima, pâle comme la mort, s’insérant dans le flux ininterrompu de gardes qui s’engouffraient dans le corridor de tranchée de gauche.

Image
Cadet Erwin Jurgen
Image
Commissaire général Hecate Stern
Tu gagnes un Fusil laser réglementaire (wikifié). De plus, les règles spéciales suivantes s’appliquent pour l’heure à ton aventure :
- Chance de cadet : Tu bénéficies d’une unique relance utilisable sur un jet te concernant.
- Deux cadets avertis… : Erwin et toi bénéficiez de +3 CHA pour tout jet se rapportant à une dimension psychologique ou de commandement, à condition d’être en vue l’un de l’autre.
- Air vicié : Des tests d’END pourront être provoqués à intervalles variables, du fait de la qualité exécrable de l’air. Des échecs successifs impliquent pénalités accrues.
Pour toute demande, problème ou réclamation, mettez-vous en quête d'un Mémorial du Sigilite.

Avatar du membre
Anton Drax
Messages : 9
Enregistré le : 26 mars 2019, 18:37

Re: [Anton Drax] No Man’s Land

Message par Anton Drax » 02 avr. 2019, 18:44

C’est la fureur et la guerre. On m’a habitué à endurer énormément de choses, mais il y en a pour lesquelles on ne m’a jamais vraiment éduqué à la Schola. Je crois que c’est l’ampleur le plus terrifiant. Laissez-moi vous expliquer, plutôt.

On a pas perdu de temps pour nous envoyer au front. On a même pas eu vingt-quatre heures de repos entre notre débarquement et notre déploiement, on a juste eu le temps de rassembler notre équipement, de participer à une prière pour l’Empereur-Dieu, et ensuite, des véhicules sont arrivés depuis les premières lignes. Quand les camions et les blindés Chimera se sont arrêtés à la Base Opérationnelle Avancée, j’ai pu voir, mes grands yeux écarquillés, ce à quoi ressemblait vraiment la guerre.
Je suis un soldat entraîné. J’ai connu le froid. La peur. La faim. La douleur. Le bruit des balles et des tirs. J’ai déjà vu du sang, des blessés, des cadavres. L’éducation rigoureuse de la Schola Progenium est très proche du régime militaire. Mais il y a toujours une saveur différente entre tous les entraînements du monde, et le moment où c’est pour de vrai. L’intérieur du blindé Chimera dans lequel j’étais censé m’engouffrer était dégoulinant de sang. Il y avait à l’intérieur trois gardes, deux blessés qui hurlaient, un troisième qui était raide mort, probablement embarqué à la hâte à l’intérieur alors que ses camarades croyaient qu’il allait survivre malgré son bras manquant. Alors que les infirmiers attrapèrent les trois corps désarticulés pour les sortir en urgence, je jetais un œil dans la sombre carcasse de la boîte de conserve sur chenilles pour observer les flaques rouges, les douilles de munitions éparpillées un peu partout, et je ressentais une sale odeur de poudre et de cordite. Des techniciens arrivèrent pour faire un sommaire nettoyage, le temps de pouvoir remettre de l’essence dans les véhicules, de les remplir de munitions, et de s’assurer que les dégâts n’avaient pas été trop durs.

Une marée humaine. C’est ça la guerre. C’est l’ampleur qui impressionne. Je n’ai jamais vu autant de militaires courir dans tous les sens, hurlant des ordres, criant des choses, chacun dans tous les sens. C’est extrêmement facile de se perdre dans ce chaos, d’autant plus vu la diversité des régiments impériaux mobilisés sur ce théâtre d’opération. Je reconnais aisément les quelques Fusiliers de Scintilla, ils sont toujours magnifiquement propres, avec des valets qui les suivent, mais ils sont la minorité : Les régiments viennent de tout le secteur Calixis, une majorité d’entre eux portent l’armement standard de la Garde Impériale, le même que celui des preux régiments de Cadia.
Il faut pas avoir peur. J’essaye de me rassurer tout seul, parce que c’est ce que je suis, tout seul. Ces derniers mois j’étais affecté avec une autre escouade de cadets, mais là on vient tout juste de me changer de poste. Je ne reconnais absolument aucun des visages qui m’accompagnent, et les cadets avec moi sont tous autant perdus que moi. Mais sitôt le Chimera paré, nous nous jetons à l’intérieur, les portes se ferment, et nous montons tout droit vers la ligne de front.

Personne ne parle lors du trajet. On a pas le temps ou le cœur de faire connaissance. On entend juste les aboiements du conducteur qui engueule le tireur posté dans la tourelle. Je sors un petit chapelet et prie à voix basse pour la Grandeur de l’Empereur-Dieu, mais alors que j’en suis à mon troisième Notre Doux Seigneur, je sursaute et mon corps est gagné par la chair de poule quand le tireur actionne le multi-laser de la tourelle et décharge une salve de rayons. Mon siège tremble alors que le Chimera gagne de vitesse, et nous entendons les détonations d’obus qui se rapprochent.

« Du courage, les gars ! Si c’est pas nous qui en montrons, personne d’autre en aura ! »

Je tourne mon regard vers la voix qui vient de parler. C’est une cadette. Brune, cheveux coupés très courts, grands yeux bleus. Elle a une petite cicatrice à la lèvre : la plupart d’entre nous avons déjà des cicatrices, mais je suppose que comme pour celle sur ma joue, elles nous viennent plus de l’entraînement que d’un véritable combat. On est tous des putains de bleusailles, pas sûr que quiconque ici ait déjà vu le feu. Moi je l’ai vu, mais uniquement sur des théâtres dit « tertiaires » par l’Astra Militarum : On m’a envoyé patrouiller des montagnes pour traquer des petits groupes d’insurgés sur des planètes, en soutien à des Forces de Défense Planétaire, c’était plus des stages d’observation que du vrai combat malgré le danger de mort. La cadette, elle est plus jeune que moi, et je suis déjà jeune, c’est vous dire le niveau dans lequel on plonge.
Je suis pas sûr qu’elle survivra. Ou que moi je survivrai. Mais je lui répond quand même, en hurlant pour me faire entendre au-dessus des rugissements du moteur du blindé, des salves de multi-laser, et des obus détonants.

« Ils auraient pu au moins nous filer un verre avant de nous envoyer là-bas !
– On s’en payera un quand on sera entrés dans la ville ! Elle répond.
– Pour l’Empereur ! Hurle un troisième cadet en tapant son poitrail.
– OOU-AH ! » Hurlons-nous tous ensemble pour feindre de la bravoure.

Deux minutes plus tard, notre véhicule s’arrête subitement. Le conducteur se retourne, nous regarde, et nous hurle dessus d’une voix nasillarde. Je savais pas que c’était possible pour des gardes impériaux de hurler sur des commissaires.

« On y est ! Sortez ! Allez, allez, allez ! »

On se retourne et les deux cadets les plus proches des portes les ouvrent. Tout-de-go, toute notre escouade s’empresse de sauter à l’extérieur. Par réflexe bien intériorisé, je ne perd pas de temps à regarder autour de moi, et c’est uniquement quand je sens la boue qui colle à mes bottes, et que je respire l’air infect et pollué de l’atmosphère que je pense à regarder dans quoi nous sommes tombés.
Je vous l’ai dis, c’est l’ampleur qui est terrifiant. Cette sensation de guerre. Cette sensation de brics et de brocs, de destruction, d’une réalité guerrière bien loin des réalités réglementaires qu’on m’a enseigné. Je suis un garçon qui fait bien attention à ce que mon uniforme n’ait aucun pli et que ma casquette soit toujours droite sur ma tête, alors, ça va vous paraître con, mais vous savez ce que ça a été le détail le plus marquant, quand j’ai aperçu pour la première fois un réseau de tranchées dans lesquelles des milliers d’hommes s’agitaient comme des fourmis pour se presser vers la guerre, l’image qui me marquera à jamais ? C’était pas la vue d’une dizaine de canons Basilisks en train de pilonner à la chaîne, ni les sifflets de sergents qui dirigeaient des meutes de gardes en uniforme kakis pour disparaître dans des trous. Non. C’était un marcheur Sentinelle, avançant au-dessus des tranchées, sur lequel le conducteur avait dessiné à la craie blanche un visage en colère, avec deux petits traits pour imiter des sourcils, avec écrit dessus « Hérétiks : Bouféz mes rockéts ». J’ignore si c’était les fautes d’orthographe grossières, ou le simple fait qu’on ait osé écrire à la craie sur un véhicule du Departmento Munitorum, mais ça relevait d’une réalité du théâtre d’opération qu’on ne m’avait jamais enseignée durant mon cursus scolaire.

Avec les autres, je m’enfonce au fond de la tranchée. Je me rend alors soudainement compte de ce que je suis. Une fourmi. Moins qu’un pion sur un échiquier, ou alors, un pion qui serait posté sur un échiquier grand comme une planète entière avec des dizaines de milliers d’autres pions comme moi. La guerre c’est du chaos, et c’est limité à vos petits yeux minuscules d’être humain. Vous voyez pas plus loin que ce que vos yeux peuvent voir, vous avez du mal à vous rendre compte de ce que vous êtes ou de quelle utilité vous avez. Probablement qu’il y a, loin de là, un état-major qui regarde le combat depuis une carte, à l’abri dans un Quartier Général, et qu’il prend les décisions qu’il peut malgré le brouillard inhérent à toute guerre. Mais là, il y a aucun autre endroit où aller mais de l’avant. Toujours de l’avant.
On finit par tomber sur le commissaire-général Hécate Stern. Tout ce que je savais c’est que mes ordres, à moi et à mon escouade, c’était de la trouver et de lui faire mon rapport. Elle s’adresse à moi et à un camarade que je ne connais pas, ou à peine seulement, on a bouffé ensemble une ration D infecte quand nous étions à la BOA. Tout juste le temps de lui faire un salut militaire, elle nous donne ses ordres et s’éloigne aussitôt. Elle a juste le temps de m’entendre hurler, sans que ça la fasse réagir, à son intention :

« Oui commissaire-général ! Ce sera fait, commissaire-général ! »

Je regarde Erwan. Non, Erwin. Il s’appelle Erwin. Je m’en souviens il m’a dit son prénom, mais c’est allé tellement vite. Il a l’air terrifié, blême comme tout. Mais vous savez le plus marrant ? Si je pouvais lire dans ses pensées, je suis sûr que c’est lui qui penserait que je suis terrifié. Mais la toute jeune cadette a raison. Si c’est pas nous qui montrons du courage, alors comment en attendre de la part des gardes ?
On s’élance à corps perdus au fond de la tranchée, alors que nos corps tremblent, et pas seulement parce que nous sommes des chochottes : Il y a tellement de tirs d’artillerie, plus-ou-moins éloignés, que la terre tremble. L’odeur est infecte, mais nous avons l’interdiction de sortir nos masques à gaz : ils sont réservés uniquement en cas d’urgence, en cas d’attaque chimique, les filtres ont un temps de claquage qui risque de les rendre vite inopérants si on les sort juste pour « un peu » de pollution. On avance jusqu’aux premières lignes de combat, je sais qu’on les atteint parce que je croise une pancarte blanche sur laquelle un garde facétieux a dessiné avec de la peinture noire une tête de mort avec l’inscription « Tunnels de sapes : Chaud devant. »
Avant de pouvoir m’enfoncer sous la terre, je tiens quand même à m’approcher du bord de la tranchée. Je jette un œil par-dessus parce que j’ai envie de voir à quoi ressemble la surface. C’est à la fois merveilleux et épouvantable. Une cité-ruche gigantesque, truffée de murs et de pièces d’artilleries qui vont de la mitrailleuse moyenne jusqu’au canon de siège longue-portée, tous en train de faire feu sur les dizaines de milliers d’hommes que nous sommes. Alors qu’en contre-bas, depuis les tranchées, nos propres pièces d’artillerie répondent à leurs tirs, je découvre entre nous un No Man’s Land gigantesque, labouré par les déflagrations. J’ai pas besoin d’être un grand stratège pour deviner que ça va être coûteux d’atteindre les murs de la ville.

« Hey ! Erwin ! Devine-quoi ?
On est presque chez moi ! »


Le cadet Jurgen se retourne. Il se demande s’il m’a vraiment entendu. Je lui fais un énorme sourire, en lui désignant dans le ciel, du bout de mon doigt, l’une des lunes de Tranch.

« Scintilla ! C’est là où j’ai grandis, c’est à quelques années-lumières à peine de là !
C’est fou quand même, non ?! »


On a rarement beaucoup de souvenirs de notre vie avant la Schola. J’en ai très peu. Je me souviens que je viens d’une maison noble, que mon père était très respecté, que ma maman était aimante, mais je serais bien en peine de vous raconter des anecdotes attendrissantes. C’est tant mieux dans un sens. Hormis la petite réflexion que je lance à Jurgen, je ressens pas vraiment d’attachement à la planète toute proche où pourtant j’ai dû passer une bonne partie de ma vie.
Nous n’avons pas peur de la mort. Nous devons la confiner, cette peur, aussi profondément que possible.

On retourne vers les tunnels de sape. Je vois une bande de soldats qui s’y pressent, en se collant aux bords de la tranchée. C’est extrêmement difficile de naviguer entre la soldatesque. Je garde mon fusil laser entre les mains, l’épée qu’on m’a offerte à la Schola pour mon excellence accrochée à mon flanc, et je hurle pour me faire entendre en direction des gardes qui doivent s’atteler à la sape.

« Je suis le commissaire-cadet Drax ! C’est le commissaire-cadet Jurgen !
Quel est l’officier ou le sous-officier qui vous commande ?! »
Modifié en dernier par [MJ] Malcador le 02 avr. 2019, 22:48, modifié 1 fois.
Raison : +6 xp (total 6).

Avatar du membre
[MJ] Malcador
Maitre de Jeu [MJ]
Messages : 149
Enregistré le : 04 juin 2018, 00:28

Re: [Anton Drax] No Man’s Land

Message par [MJ] Malcador » 03 avr. 2019, 16:09

S’il ne répondit pas verbalement, le dénommé Erwin salua néanmoins d’un rictus crispé l’effort de son camarade pour les distraire, ne fut-ce qu’un bref instant, de leur piètre situation. Depuis que leur commissaire tuteur avait disparu au détour de l’embranchement, les laissant seuls au milieu d’une procession de soldats moroses, l’autre cadet ne s’était pas départi de son comportement taciturne. L’efflanqué personnage qui tenait lieu à Anton de binôme avait tout de l’individu réservé, effacé, coincé, mais n’en menait lui non plus pas large pour ce premier réel théâtre d’opérations. Ce n’est que lorsque le duo se fut remis en chemin, trottant le long des étroites tranchées, que Jurgen se confia, haletant, d’une voix atone à peine audible dans le vacarme ambiant.

Image
« Je me souviens pas de grand-chose d’avant la Schola. »


Quelques foulées supplémentaires le long du sentier cendreux menèrent les aspirants commissaires à un attroupement de troupiers fortement ralentis dans leur progression. Les deux compères commencèrent néanmoins de se frayer un chemin le long de l’allée congestionnée, laborieuse entreprise s’il en est. Partager la largeur d’une tranchée avec des soldats équipés suscitant immanquablement son lot de situations inconfortables, Anton finit par extérioriser sa tension, hurlant à la cantonade, tant pour signaler leur présence que pour demander l’officier le plus proche. Peut-être du fait de l’usage du mot « commissaire », ou juste par bonne fortune, son appel suscita à tout le moins un effort des gardes restant à franchir, qui ménagèrent un passage plus régulier, quoique exigu. Alors qu’ils s’apprêtaient à progresser un peu moins péniblement dans ce terreux dédale, un caporal situé non loin leur cria, plein de bonne volonté, une indication à la précision toute relative.


« Là-bas, M’sieur, le lieutenant est devant ! »

Tant bien que mal, le duo finit par remonter, déjà un peu sales, à travers chicanes et ornières, le long du peloton. C’est en arrivant au niveau d’un renfoncement dans le mur sur leur droite qu’ils trouvèrent ledit lieutenant, campé au niveau d’un début d’étroit tunnel s’ouvrant au fond de l’alcôve. Le sol de cette galerie était en pente douce, et déjà marqué par de nombreuses empreintes de pas. La soldatesque autour d’eux s’orientait en flux continu vers ce trou terreux, leurs scrupules vite oubliés sous le regard scrutateur de leur lieutenant au visage balafré. Du coin de l’œil, Anton cru entrevoir Erwin en train de prendre appui contre la paroi humide, puis retirer presque aussitôt sa main, manifestement dégoûté par le contact cendreux du sol de Tranch. Le lieutenant les salua rapidement, avant de leur expliquer brièvement sa situation d’une voix sifflante.

Image
« Lieutenant Chem, Messieurs.

Le capitaine Hakk est déjà là-dessous, pour juger des possibilités d’assaut par les infrastructures souterraines de la cité-ruche, et mener le reste de la compagnie le cas échéant.

Nous, on descend. »
Pour toute demande, problème ou réclamation, mettez-vous en quête d'un Mémorial du Sigilite.

Avatar du membre
Anton Drax
Messages : 9
Enregistré le : 26 mars 2019, 18:37

Re: [Anton Drax] No Man’s Land

Message par Anton Drax » 04 avr. 2019, 00:08

On marche au milieu d’hommes qui se préparent au combat. C’est une ambiance assez incroyable, qui retourne mon ventre. J’essaye de regarder droit devant moi, vers le bout de la tranchée que je remonte en passant au travers des corps des militaires, mais de temps à autres, mes yeux croisent le visage d’un de ces garçons en uniforme. Ils me dévisagent. Je vois beaucoup de jeunes, des pauvres, des types avec des cicatrices de petite vérole, trois poil sur le menton, une moustache disgracieuse et peu étendue par ci ou par là. Ce sont pas de braves guerriers imperturbables, bien qu’il y a parmi eux de vrais vétérans, qu’on reconnaît aux cicatrices et aux insignes de sergent sur leurs bras. Par chance, nous découvrons un officier, un lieutenant, à qui j’adresse un salut militaire alors qu’il s’apprête à s’engouffrer. Je lui répond en criant à moitié, pour me faire entendre, comme toujours, malgré les tirs d’artillerie et les chutes d’obus qui nous entourent.

« Très bien lieutenant ! Nous allons soutenir votre assaut !
Nous allons rester en arrière pour conclure la marche, et s’assurer que tout le monde avance ! »

J’attends que le lieutenant Chem s’enfonce à l’intérieur de la sape. Et je me dépêche de tirer de mon mantel un petit paquet de cigarettes. J’en met une dans le bec et en tend une au cadet Jurgen.

« Tiens. Ça sera pas pire que l’air qu’on respire. »

Une fois qu’on sera dans la sape, ça sera trop tard pour fumer. Là j’ai besoin d’une griller une, au moins à moitié, pour me détendre les nerfs, et arrêter les tremblements de mes mains. J’allume la mienne, prend trois bouffées, tandis que je vois s’enfoncer les gardes impériaux un par un, d’un pas très lent. La plupart font tomber leurs fusils lasers de leurs épaules pour les garder bien en main. Je me rend compte que j’arrive facilement à distinguer les vétérans des bleusailles. Les bleusailles, c’est celles qui ont l’uniforme tout propre, avec le fusil laser réglementaire, et les bottes propres. Les vétérans, c’est ceux qui ont quelques médailles pourries en cuir attachées au morceau d’armure carapace de leurs poitrines, et qui se sont recouverts d’équipement qui ne font pas partie de leur dotation standard, notamment le fait que beaucoup ne viennent non pas avec des fusils lasers, mais avec des fusils à pompe, qui sont, il est vrai, bien plus efficaces dans les combats urbains retranchés comme ceux que nous allons vivre de l’autre côté.
Une fois que la section s’est enfoncée, je jette ma cigarette au sol, l’écrase sous le talon de ma botte de cuir cirée qui commence à être salie par la gadoue, et je murmure quelque chose à Erwin.

« Force et honneur. »

On descend lentement sous la terre. Je crains que l’air se fasse rare très vite, ou bien que la discrétion devienne nécessaire une fois qu’on arrive au bout, alors, si je veux hurler, c’est maintenant ou jamais. J’ouvre fort ma gueule pour crier à l’attention des soldats, et ma voix se répercute dans un écho le long de la galerie.

« N’ayez aucune crainte ! Bannissez votre peur au fond de vous ! Tant que nous sommes ensemble, nous sommes une armée invincible sur laquelle tous les traîtres et les hérétiques ne peuvent que se briser ! Doutez un seul instant, et c’est tout le groupe qui s’effondre comme d’un seul homme ! »
Modifié en dernier par [MJ] Malcador le 04 avr. 2019, 09:34, modifié 1 fois.
Raison : +6 xp (total 12).

Avatar du membre
[MJ] Malcador
Maitre de Jeu [MJ]
Messages : 149
Enregistré le : 04 juin 2018, 00:28

Re: [Anton Drax] No Man’s Land

Message par [MJ] Malcador » 04 avr. 2019, 18:22

Les soldats du peloton descendaient sans entrain dans la galerie, mus qui par son sens du devoir, qui par des liens de camaraderie, qui enfin par la menace implicite que représentaient les deux cadets fermant la marche. Ces-derniers faisaient contre mauvaise fortune bon cœur, conscients de contribuer par leur simple présence, en dépit de leur inexpérience, au maintien de la discipline dans les rangs. Le tunnel dans lequel ils s’étaient tous engouffrés s’élargissait jusqu’à pouvoir accueillir quatre individus de front : quoique supérieur à celui d’une tranchée, l’espace demeurait donc très exigu. La pente s’était quant à elle muée en un relatif plat après une centaine de mètres. Quelques poutres métalliques supportant un lumiglobe vacillant doublé de quelque infrastructure électrique rompaient régulièrement la monotonie de l’obscurité, preuve que le tunnel était déjà érigé depuis quelque temps. Le bruit des affrontements s’était fait plus sourd au-dessus d’eux, mais on pouvait encore percevoir nettement le bruit fracassant des explosions d’obus en fonction de leur proximité. Par moments, des chutes de terre pleuvaient du plafond dans la galerie mal éclairée, rappelant le caractère éminemment précaire de ce passage qu’ils parcouraient.


***

Il fut d’autant plus aisé de perdre la notion de la distance parcourue dans ces conditions que nul incident disciplinaire ne vint troubler leur progression. Nulle section ou peloton ne leur avait emboîté le pas, du moins en ligne de vue. Combien de centaines de mètres avaient-ils parcourues exactement ? Leurs jambes n’étaient pas aussi fourbues qu’après une vraie session de marche forcée, mais l’exiguïté de l’espace, la relative lourdeur de l’air, et l’obscurité ambiante devaient certainement fausser leurs impressions, quelles qu’elles puissent être. Toujours est-il qu’ils sentirent progressivement le sol changer de texture sous leurs bottes, jusqu’à résonner comme les coursives du vaisseau de transport qui les avait déposés sur Tranch. Leurs talons martelaient maintenant à répétition une surface métallique, similaire au plancher -ou plafond- d’une infrastructure souterraine, certainement de facture humaine. Quelques dizaines de pas plus tard, le tunnel prenait fin, les soldats disparaissant les uns après les autres par un large trou percé dans le métal au sol, faiblement éclairé par la lueur vacillante d’un lumiglobe suspendu. La moitié de la section avait déjà été engloutie par la pénombre en contrebas, non sans allumer au préalable les photopacks de leurs fusils lasers, pour ceux qui en disposaient.

C’est alors qu’un grondement sourd, cataclysmique, retentit bien loin derrière eux. Les lumières vacillantes au plafond s’éteignirent brusquement, ne laissant que quelques lampes de fusil pour toute source de lumière. Un début de désordre s’ensuivit, les soldats précédant le duo de cadets s’arrêtant net, voire reculant d’un pas, divers cris de surprise, de stress, ou d’angoisse retentissant dans la galerie. Quelque part sur la droite d’Anton, des sons de bousculade retentirent, avant qu’un faisceau de lumière ne déchire l’obscurité, émanant de l’arme d’Erwin. Le visage livide du cadet était tendu, comme traversé d’une froide fureur, tandis qu’il foudroyait du regard deux gardes retournés dans sa direction. L’un d’eux -celui de droite- arborait un air hagard, ses yeux roulant nerveusement dans leurs orbites sous la lueur blafarde du photopack pointé sur lui. Lorsqu’il parla, sa voix trahissait un stress évident, parasitée de tremblements incontrôlés.

Image
« J’peux pas entrer là-dedans, M’sieur. On va finir enterrés vivants. »

Ce à quoi Erwin rétorqua sèchement, d’une voix tendue :

Image
« Contrôlez-vous, soldat. Et descendez dans ce trou. »
Test d’acuité visuelle [(HAB+INI)/2] : 2, bonne réussite.

Tu peux remarquer que le soldat de gauche -consciemment ou non- tient son arme braquée vers Erwin. En tout, quatre soldats sont encore devant le trou avec vous.
Pour toute demande, problème ou réclamation, mettez-vous en quête d'un Mémorial du Sigilite.

Avatar du membre
Anton Drax
Messages : 9
Enregistré le : 26 mars 2019, 18:37

Re: [Anton Drax] No Man’s Land

Message par Anton Drax » 05 avr. 2019, 16:19

On a bien fait de fermer l’avancée de la section. Le lieutenant Chem est un meneur, il guide ses troupes de l’avant ; nous, notre rôle, c’est de s’assurer que personne ne recule. Et quand on voit dans quoi on s’enfonce, je comprend pourquoi nous avons été envoyés en première ligne.
Je me demande d’où viennent les gardes que nous accompagnons. J’ai eu la liste complète, dans le vaisseau, de tous les régiments engagés dans la reprise de Tranch, avec la liste des uniformes, des usages et des traditions militaires inscrites dans un petit manuel que je porte sur moi, des fois que c’est utile d’augmenter le moral de la troupe en leur faisant chanter un chant bien de chez eux, ou bien si jamais ils ont des coutumes ou des habitudes alimentaires spéciales qui font que je ne dois pas commettre d’impairs en allant avec eux au feu. Hordes de seigneurs de guerre, levées de mondes-ruches, bandes de mercenaires, lances de familles nobiliaires… Il y a pas plus varié qu’un régiment de la garde impérial et c’est toujours une épreuve que de se mêler à ces microcosmes sociologiques. Je sais que dans l’ordre de bataille on est censé avoir le soutien de compagnies venues de Luggnum, surnommés « rats des égouts », et je crois que le surnom vous suffira à vous imaginer quelle est leur spécialité militaire : ils seraient très utiles ici. Mais je crois que nous avons plutôt affaire à des troupes de la planète-ruche Baraspine, ou, je ne l’espère pas, du monde féodal d’Acreage. C’est ultra compliqué à gérer les troupes des mondes féodaux. Sérieux, imaginez-vous, un paysan gueux comme tout qui croyait que un mousquet et un chevalier cuirassé d’une armure de la tête aux pieds c’était le summum technologique, et il se retrouve arraché à sa planète dans des gros morceaux de métal qui volent dans les étoiles, et on lui file une machine dans les mains qui tirent des éclairs rouges pouvant griller des corps humains comme de la viande sur un barbecue. Vous vous doutez bien que à gérer au combat c’est toujours compliqué.

En plus, le contexte claustrophobe aide pas. Les combats au-dessus de nos têtes ne baissent pas en intensité, et, chaque fois qu’on sent un obus tomber à la surface, on sent le sol trembler, des mottes de terre nous tomber dessus, et comme on est déjà trop profondément enfoncés, on ne peut plus voir la lumière du jour qui était encore présente au début du chemin dans la sape. De toute façon, il n’est plus question pour les gardes de s’enfuir : Moi et Erwin sont ici pour s’assurer que ce ne soit pas le cas.

L’un des jeunes soldats, probablement une recrue toute fraîche, ne peut pas s’empêcher de se plaindre d’une voix tremblante, qui trahit un petit sanglot.

« Ils tirent tellement, ils vont nous ensevelir vivants !
– Parce que tu crois que c’est les canons de la cité qui sont en train de laminer le terrain ?
Lui demande avec un ton rigolard un autre garde, beaucoup plus grand que lui et qui a gardé sa barbe alors que ce n’est absolument pas réglementaire (Il faut bien pouvoir mettre le masque à gaz !) C’est nos Basilisks qui déchargent tout ce qu’ils ont.
– A-a-avec-c ce qu-qu-ils t-tirent, y-y aura p’têt m-m-même pu de v-ville à prendre ! H-hein ?
Demande un troisième garde, aussi jeunot que le premier, tentant une blague qui est censée le rassurer lui plutôt que ses camarades.
– T’espère trop, bleusaille ! La seule chose qui va se passer c’est qu’il faudra se battre dans des ruines, ce qui est pire que tout.
– Taisez-vous, vous tous ! Et continuez d’avancer ! »


Le vétéran rigole à mon ordre, tandis que les deux autres ferment leurs bouches et avancent avec un air résigné. Ils n’ont pas besoin d’avoir le cœur à l’ouvrage pour avancer. Ils en auront besoin pour se battre, mais à ce moment là ce sera mon affaire. Pour l’instant faut aller au contact.
Bien sûr, les choses ne se déroulent jamais comme il faut. Alors que toute la troupe est en train de petit à petit disparaître dans la galerie, la faible lumière qui nous éclaire disparaît. C’est pas étonnant, avec tout ce qui est en train d’exploser d’un côté et de l’autre des parcs d’artillerie, il fallait bien qu’à un moment un câble électrique s’arrache à la structure, il ne faut pas paniquer pour si peu. Mais je vous dis ça parce que moi je suis quelqu’un d’un minimum entraîné et habitué à l’imprévu, c’est pas le cas des gardes face à moi. Ils reculent dans tous les sens, se mettent à crier, comme des gosses apeurés par le noir. Puis j’entends un tir et, par pur instinct, sors mon laspistolet de mon holster. Ça crie à ma droite, et je vois le cadet Jurgen qui est en train d’essayer de motiver le groupe à bouger son cul. Moi ce que je remarque en me retournant, surtout, c’est qu’une des mauviettes n’a pas retenu le moment lors de ses trois semaines à peine d’entraînement où son sergent instructeur lui a dit un truc du genre Nom de l’Empereur d’bon sang d’bonsoir ! DRAX ! Si tu pointes le canon de ton arme sur un CAMARADE encore UNE SEULE FOIS, je jure au nom du bon saint Drusus que j’vais t’faire récurer tous les chiottes d’la base jusqu’à c’que tes ongles s’arrachent de tes doigts ! EST-CE QUE C’EST BIEN COMPRIS?!

Pour autant, je ne hurle pas comme l’abbé de la Schola aimait bien faire. C’est le meilleur moyen de faire paniquer l’imbécile, et donc le voir tirer comme un crétin, ce qui augmenterait des problèmes pour nous tous. À la place, je m’approche dans son dos, et donne un vif coup de la paume de ma main pour éloigner le canon et qu’il pointe la galerie au lieu de ça, tout en sermonnant d’un ton sec mais sans augmenter la voix.

« Qu’est-ce qui se passe, ici ?!
Soldat, quoi qu’il arrive en restant ici on risque de finir enterré vivant ! Autant aller de l’avant et sortir d’ici le plus vite possible, non ?! »
Modifié en dernier par [MJ] Malcador le 05 avr. 2019, 17:22, modifié 1 fois.
Raison : +6 xp (total 18).

Avatar du membre
[MJ] Malcador
Maitre de Jeu [MJ]
Messages : 149
Enregistré le : 04 juin 2018, 00:28

Re: [Anton Drax] No Man’s Land

Message par [MJ] Malcador » 06 avr. 2019, 16:01

Test d’autorité (sur CHA 13 car bonus +3 Erwin et +1 Autorité) : 2, très large réussite.
L’intervention d’Anton permit d’abord d’écarter le risque de malheureux incident, détournant le fusil laser de son inquiétante orientation. Le cadet avait probablement eu raison de préférer une approche calme et apaisante pour commencer à asseoir leur autorité au sein de ce peloton. Agir plus brusquement en cette situation de tension collective presque palpable aurait en effet immanquablement accru le risque de geste malheureux. Le commissaire-cadet persévéra d’ailleurs dans cette posture de médiation, décidant non pas de rudoyer le soldat fautif, mais de tenter de le raisonner à force d’arguments rationnels. Semblable démarche était peu commune de la part d’un futur membre du Commissariat, mais le jeune homme était évidemment fondé à user de tout moyen nécessaire au maintien de la discipline. Fort heureusement, le bon sens d’Anton eu raison du début de panique de son interlocuteur. Ce-dernier leva des yeux inquiets vers chacun des deux cadets, avant de se mordre les lèvres, honteux d’être ainsi tancé, redoutant probablement déjà les possibles conséquences de son manque de contrôle. Anton comme le cadet Jurgen demeurant de marbre dans l’épaisse obscurité, leurs visages pâlis par les faisceaux des lampes de leurs fusils, le soldat déglutit, les yeux écarquillés, ne sachant trop que faire. C’est alors que le vétéran à la barbe non réglementaire précédemment repéré par Anton apostropha le trublion, l’incitant -ainsi que sa section- à lui emboîter le pas, sautant dans le trou circulaire foré dans le sol métallique.


« Allez les gars, ça suffit, on suit ! Gare à votre cul, les garde-chiourmes vous suivent de près ! »

Le vocable choisi n’était pas des plus flatteurs, mais faisait partie des termes d’argot couramment employés par la soldatesque pour désigner les commissaires. L’un après l’autre, les trois troupiers restants furent happés par le trou dans le sol. Dorénavant seuls au sein de la galerie de sape toujours privée d’éclairage, les deux cadets échangèrent un regard entendu, avant de prendre la suite de la section. Erwin bondit le premier, se réceptionnant près de deux mètres plus bas, avant d’éclairer tant bien que mal l’embouchure du passage pour Anton. Ce-dernier put donc constater avant de sauter l’épaisseur de la paroi, que l’avant-garde de leur peloton avait dû faire forer au préalable. Le motif de ce changement de voie ne pouvait que constituer un changement de stratégie, puisqu’ils quittaient le tunnel de sape -de fait mal nommé.

Image

Le nouveau passage semblait constituer une sorte de boyau de forme cylindrique, au sein duquel Anton tenait tout juste debout sans avoir à se courber. Un reliquat de substance liquide inconnue trainait au creux du canal sous les semelles de leurs bottes, et une odeur viciée occupait le peu d’air aux alentours. Au loin, l’écho de pas en nombre témoignait de la progression du reste de la section. L’obscurité étant totale, ils devaient s’en remettre à leurs éclairages improvisés, tout en gardant à l’esprit leur durabilité limitée.

Alors qu’ils se mettaient en marche le long du passage, Erwin se fendit d’une maladroite tentative d’humour, éprouvant peut-être le besoin de parler pour faire retomber la pression des dernières minutes.

Image
« En fait de tunnel de sape, on se retrouve à courir les égouts.

Mais hé : servir est en soi une récompense, qu’ils disaient à la Schola… »
Pour toute demande, problème ou réclamation, mettez-vous en quête d'un Mémorial du Sigilite.

Avatar du membre
Anton Drax
Messages : 9
Enregistré le : 26 mars 2019, 18:37

Re: [Anton Drax] No Man’s Land

Message par Anton Drax » 06 avr. 2019, 22:29

Les explosions. Les obus qui tombent. L’air irrespirable. Des machines de guerre gigantesques qui vomissent des soldats uniformisés et semblables les uns aux autres parés à se jeter dans un labyrinthe de terre et de sang. C’est l’horreur de la guerre. Mais rien, absolument rien, ne me préparait pour ce dans quoi on allait tomber après avoir mené la troupe bon gré, mal gré, en avant.
Ça pue. C’est immonde, au point où je sens du dégeuli me remonter vers l’estomac. Et c’est avec une épouvante effroyable que je découvre l’état de mes chaussures de cuir cirées et neuves. Putain de merde j’y crois pas.

Je suis obligé de rire jaune à la réflexion du cadet qui m’accompagne. Un rictus malin qui se répercute dans un écho désagréable à travers toute la structure d’acier dans laquelle on est piégés.

« Hey, rends-toi compte ! Maintenant on pourra dire à tout le monde qu’on était dans la merde ! »

Je me retrouve à rigoler tout seul comme un con alors que je continue d’avancer, en hurlant à l’attention des troupes devant, profitant du fait que je n’ai pas beaucoup à user de ma voix pour me faire entendre de tout le monde.

« Ne vous arrêtez pas ! En avant, toujours en avant ! »

Mais le temps qu’on est perdus dans ce tunnel immonde, j’en profite pour faire un petit peu la discussion avec mon camarade de misère. On aura peut-être pas autant de répit quand on sera à la surface.
Et peut-être bien que lui, ou moi, ne survivrons pas. J’ai besoin de parler et de faire des blagues à la con, pour conjurer le sort et éviter de penser à la douleur et au sang qui nous attendent.

« Pouah, c’est immonde ! Bon sang, je préférerais encore les séries de pompes… Quoi que. Va pas dire à un abbé de la Schola que j’ai dis ça, ils seraient capables de me prendre au mot lors de la réunion des anciens élèves.
Bordel, j’ai hâte. On pourra faire regretter leurs choix de carrière aux idiots qui ont choisi de finir dans l’Administratum… Marcher là dedans, qui n’en n’aurait pas rêvé ? »
Modifié en dernier par [MJ] Malcador le 06 avr. 2019, 23:34, modifié 1 fois.
Raison : +6 xp (total 24).

Avatar du membre
[MJ] Malcador
Maitre de Jeu [MJ]
Messages : 149
Enregistré le : 04 juin 2018, 00:28

Re: [Anton Drax] No Man’s Land

Message par [MJ] Malcador » 07 avr. 2019, 15:47

Anton eut la très nette impression que son ironie avait contribué à alléger la tension qui régnait dans l’air, à défaut de rendre ce-dernier moins nauséabond. Ils marchèrent ainsi un long moment le long du sordide boyau souterrain, le cœur aussi léger qu’il était humainement possible dans leur situation, philosophant brièvement lorsque l’atmosphère leur pesait. Les échos d’affrontements se firent progressivement plus sourds, plus lointains au-dessus d’eux : même les impact d’obus les plus proches ne leur semblaient plus relever que du bruit de fond. L’étroit tunnel ne constituait en somme qu’un chemin déplaisant au sein duquel ils progressaient tant bien que mal, souhaitant secrètement, en leur for intérieur en avoir déjà fini, être déjà ressortis à l’air libre.


***
Image

Combien de temps leur avait-il fallu pour découvrir cette ouverture béante dans le souterrain, nul n’aurait su le dire avec exactitude. Mais manifestement, le commandement de tête avait jugé l’opportunité propice à un changement d’itinéraire, abandonnant le conduit d’égouts pour rejoindre un réseau adjacent de très vastes couloirs, inégalement éclairés. Les murs étaient droits, le sol praticable, l’air respirable. Mieux, l’ensemble de la troupe retrouva une formation plus cohérente et compacte dans ces allées souterraines permettant d’aligner près de cinq hommes de front. D’autant qu’Anton puisse en juger de l’arrière de la colonne, ils étaient en fait nombreux à arpenter maintenant ce qui appartenait vraisemblablement aux niveaux inférieurs de la cité-ruche. Cette impression, quoique vague et approximative, pouvait sans nul doute contribuer à restaurer le moral collectif : non seulement avançaient-ils dans leur entreprise, mais la voie à emprunter était maintenant bien plus orthodoxe, et ils pouvaient se compter. Le cadet Jurgen avait retrouvé sa mine taciturne, les soldats murmuraient dans les rangs, donnant l’occasion aux cadets d’affirmer l’autorité qui seyait à leur rôle. Pour la première fois depuis qu’ils avaient quitté le blindé des commissaires-cadets, on aurait cru vivre une simple manœuvre d’entraînement.

Jet de rencontre : 20.

Jet de perception d’Anton [(HAB+INI)/2] : 14, échec marqué.
Jet de perception d’Erwin [(HAB+INI)/2] : 16, échec marqué.
Il ne fallut qu’un instant pour que cet ordre si confortable vole en éclat, brisé par un cri d’alarme émanant de la dernière section du peloton -une voix déjà familière au binôme de cadets.


« Tordus derrière ! »

Ils avaient dépassé des embranchements à plusieurs reprises, donnant sur de petites voies très exiguës, mais s’étaient toujours cantonnés au segment principal. C’est de l’un de ces couloirs obscurs que vint l’embuscade. Dans un concert de cris rauques et autres beuglements hargneux, un nombre indéfini de « tordus » assaillirent le flanc du peloton à la faveur de l’obscurité. Surpris par cette irruption, les soldats de la dernière section du peloton ne réagirent pas tous de la même façon : si quelques vétérans réagirent immédiatement en alertant et ouvrant le feu, la plupart refluèrent en arrière sous l’effet de la surprise et de la peur, se laissant couper du gros du peloton. En l’espace de secondes, l’allée souterraine se mua en arène urbaine, le fracas des combats émanant rapidement de plusieurs embranchements, le peloton du lieutenant Chem étant pris à partie par les mutants.

Image
Alors même qu’Anton et Erwin étaient pris dans le recul de la section, qui refluait en leur direction, quelque chose de visqueux vint souiller la manche gauche du cadet Jurgen. Anton et Erwin relevèrent la tête comme un seul homme, ayant juste le temps de distinguer dans l’obscurité un semblant hideux de visage blafard, déformé, muté, dénué d’humanité, lorgnant sur eux depuis quelque ouverture dans le plafond.
Echec critique de jet de rencontre. Le peloton est pris à parti par des rôdeurs mutants des profondeurs de la cité-ruche.

On considère que la créature « charge » au tour suivant, vous tombant dessus. La section est en désordre/panique selon les individus. Il s’agit pour l’heure de la seule cible ennemie que vous puissiez cibler.
Pour toute demande, problème ou réclamation, mettez-vous en quête d'un Mémorial du Sigilite.

Avatar du membre
Anton Drax
Messages : 9
Enregistré le : 26 mars 2019, 18:37

Re: [Anton Drax] No Man’s Land

Message par Anton Drax » 09 avr. 2019, 14:42

L’odeur est un peu moins fétide, mais ça sent pas encore la rose. Être tirés des égouts fait plaisir, mais ce que j’apprécie moins c’est de voir l’état de mes bottes qui sont salies de partout. Mes bottes, mes merveilleuses bottes, je les aies achetées si chères ! C’était juste avant mon déploiement, quand j’étais passé sur une planète plutôt tranquille où je devais faire une formation auprès d’une Force de Défense Planétaire, c’était pépouze à fond, on devait juste dire à des mecs de faire des pompes et de nettoyer leurs lits et après on allait en sorties pour draguer des nanas, après le cadre très fermé et militarisé de mes années d’enfance et d’adolescence, ça faisait du bien de relâcher la pression et de pouvoir être dans la chambre d’une fille ; ça changeait des relations sexuelles illicites, en haut d’un lit superposé d’un baraquement qui en comprenait une quarantaine, à devoir faire très attention de ne pas faire de bruits qui alerterait le camarade-étudiant qui est de garde.
Mais du coup ça fait des anecdotes à raconter à Erwin. Il me semble plus timide et « professionnel » que moi, il a jamais eu à gérer les vols de capotes à l’infirmerie et la disparition des preuves au petit matin. Mais je le trouve agréable, pour ce que les dix minutes à piailler tout en marchant dans le noir et en faisant tout pour pas respirer par le nez m’ont appris.

Et puis, les choses sont vites devenues infernales.

Des tirs. Des cris. De la panique. Le peloton entier qui se fait tirer dessus par des mutants. Ce n’est absolument pas grave, seuls les bleusailles hurlent et tentent de s’enfuir : quelques mutants ça se règle en formant un bloc bien uniforme d’où on puisse couvrir tous les angles. Je place mon lasgun contre mon épaule, en bandoulière, et tire mon laspistolet à la place. Je vise la troupe et me met à hurler de toutes mes forces, pour les contraindre à rentrer dans le rang :

« Halte !! Ressaisissez-vo- »

Je termine pas ma phrase. Je n’ai pas le temps de ramener l’ordre. Parce qu’un léger regard à ma droite laisse apparaître la manche gauche dégueulasse d’Erwin. Très, très lentement, on lève les yeux en l’air et on voit un de ces monstres nous regarder au plafond.
Je pousse un petit cri. Pas un gros hurlement de terreur, juste un tout petit cri, à la fois pour alerter tout le monde, et aussi parce que j’ai subitement les jetons et que mon sang ne fait qu’un quart de tour. Je saute super vite d’un pas de côté, lève mon flingue, et tire une salve en appuyant plein de fois sur la détente vers la cible au plafond.
Modifié en dernier par [MJ] Malcador le 09 avr. 2019, 14:51, modifié 1 fois.
Raison : +6 xp (total 30).

Répondre